Cette victoire de Miltiade sur les Perses
marque la fin de la première guerre médique. Elle est restée immortelle grâce à
la légende racontant qu'un messager parcourut les 40 kms séparant Marathon
d'Athènes pour annoncer la victoire, avant de mourir d'épuisement.
Réalité ou Légende ?
La bataille de Marathon constitue un
événement majeur de l'histoire grecque. Pourtant, et paradoxalement, les sources
sont rares. Ainsi Hérodote et quelques inscriptions sont les seules sources du
Vème siècle avant J.-C. Thucydide n'emploie pas le terme Marathon et ne fait
référence que brièvement aux guerres médiques pour dire qu'elles constituent
l'événement le plus important jusqu'à la guerre du Péloponnèse (Thc, I.
XXIII).
Du côté perse, il semble que la bataille de Marathon fut un
événement sans grande importance : une défaite aux marges d'un empire immense
s'étendant depuis l'Inde et l'Afrique du Nord. Ainsi que l'écrit Ed. Lévy,
Darius, le roi perse, ne participait pas à cette bataille ce qui suppose qu'elle
constituait, aux yeux des Perses, un événement qu'il faut relativiser. De plus,
la bataille de Marathon semble, d'après Hérodote, être une diversion pour
attirer les Athéniens relativement loin de leur ville afin de pouvoir s'en
emparer.
Si la bataille de Marathon doit être regardée comme un événement
fondamental, il faut alors la replacer dans le contexte et l'histoire grecques.
Pour les Perses, il est certain qu'elle fut un épisode de peu
d'importance.
Le Contexte
La bataille de Marathon opposa en 490 avant
J.-C. l'armée perse aux soldats d'Athènes et de Platées. Elle constitue
l'aboutissement des expéditions perses pour conquérir les cités d'Erétrie et
d'Athènes.
Depuis le milieu du VIème siècle avant J.-C. l'empire perse s'est
accru de manière considérable. A l'époque, les Perses et leurs alliés, les Mèdes,
sont commandés par le "Roi des Rois" Darius 1er, successeur de Cambyse et de
Cyrus, fondateur de la dynastie achéménide.
Durant l'été de 490 avant J.-C.,
l'amiral perse Datis engage une opération policière dans les Cyclades. Le tyran
Hippias, qui fait partie de l'expédition, le persuade d'en profiter pour
débarquer en Attique afin d'y rétablir le pouvoir. Athènes s'
est en effet
permise de secourir la ville de Milet, de l'autre côté de la mer Egée, coupable
de s'être révoltée contre la domination perse. Miltiade, farouche adversaire
d'Hippias, organise la résistance et demande de l'aide à Sparte, qui tarde à
intervenir. Afin de lancer une offensive, il doit obtenir la majorité des
stratèges athéniens.
C'est la que va s'engager une première bataille, une
bataille politique.
La première bataille : la bataille
politique
Ce fait est relaté par Hérodote dans
Histoires, VI, 112-120. Ce récit historique relate la bataille et intègre le
discours de Miltiade qui veut persuader ses collègues stratèges d'engager le
combat. Lors du vote de la décision d'une offensive contre les Perses, les dix
stratèges athéniens sont séparés en deux camps :
ceux qui ne voulaient pas engager le combat, faute d'assez de combattants à
leur avis,
ceux, soutenant Miltiade, qui pensaient qu'il fallait agir.
Pour les départager, il faut faire appel à un onzième homme,
désigné par le sort : le polémarque. C'est Callimaque d'Aphdina qui était alors
désigné. Miltiade s'adresse à lui et veut le persuader de lui apporter sa voix.
Pour cela, son argument est simple : si les Perses ne sont pas battus, Athènes
retombe sous la tyrannie d'Hippias aggravée par l'allégeance au Grand Roi. Il
s'agit donc de combattre, malgré l'infériorité numérique, pour sauver la liberté
et la démocratie.
Callimaque se laisse convaincre.
Cependant, pour que le combat
s'engage réellement, il fallait que le stratège alors en charge du commandement
le veuille bien. Il faut attendre le tour de Miltiade, qui après consultation
des présages s'avérant favorables, peut commencer le combat.
Déroulement de la bataille
La bataille légendaire est la suivante : la
flotte Perse s'est rassemblée dans le golfe de Marathon.
Les envahisseurs sont
100.000 selon la légende, plus près de 20 000 archers et cavaliers. Sept mille
grecs et 1000 Platéens se rassemblent eux sous la conduite de Mildiate sur les
pentes du mont Agriliki.
En effet, les autres cités grecques, à l'exception de
Platées, en Béotie, ont fait défection. Après huit jours d'observation, l'assaut
est lancé. Les Athéniens vont avoir un comportement guerrier nouveau : ils
chargent les troupes mèdes en courant. Les Perses sont surpris de cette attaque.
Ils prennent les Grecs pour fous : Comment osent-ils attaquer de la sorte sans
archer ni cavalier ? Mais, les hoplites grecs les assaillent bien groupés et
déciment près de 6400 Perses (contre 192 morts du côté grec).
La bataille de
Marathon est très longue. Vainqueurs, les Grecs laissent les Perses rembarquer
dans le plus grand désordre, puis les poursuivent jusque sur les navires
incendiés.
La course du marathon
Pour annoncer cette fabuleuse victoire, on
raconte que Miltiade envoie à Athènes un messager, Philipidès. Celui-ci parcourt
alors les 40 km de Marathon à Athènes sous un soleil de plomb et meurt
d'épuisement en arrivant.
Cependant, Hérodote, qui par ailleurs, rapporte
la bataille dans ses moindres détails, ne fait nulle mention de cet épisode.
Pourtant, il parle bien d'un certain Phidippidès, grand coureur, grand patriote,
mais indigne pour les Grecs du titre d'athlète, qui aurait couru plus de 220
kilomètres en 48 heures pour demander des secours à Sparte. Il semble que cet
oubli résulte d'une confusion entre la bataille de Marathon et un autre
événement rapporté par Plutarque un demi-siècle plus tard. L'historien cite un
messager du nom d'Euclès qui aurait réalisé le même exploit que Phidippidès et
prononcé les mêmes paroles. Sans doute la légende est-elle née de la synthèse
des deux anecdotes.
C'est tout de même de là que vient le légendaire
marathon, épreuve la plus prestigieuse des Jeux Olympiques de l'ère moderne.
D'ailleurs, si les premiers jeux olympiques modernes de 1896 furent disputés sur
40 km, l'épreuve actuelle du marathon se dispute sur une distance de 42,195 km
qui fut adoptée lors des 4èmes J.O. de Londres en 1908. Elle correspond à la
distance entre le Great Park de Windsor et le White CityStadium de Londres où se
courut cette épreuve.
Conclusion
Aujourd'hui encore, dans la plaine de
Marathon, on reconnaît le tumulus sous lequel reposeraient les Perses. Sans
doute le plus ancien des cimetières militaires. La bataille de Marathon marque
la fin de la première guerre médique. Athènes a été la première à vaincre une
armée perse.
La Grèce est sauvée et, grâce à cette victoire, Athènes va asseoir
son hégémonie sur les autres cités en prenant la tête de la confédération de
Délos, du nom d'une île sacrée où sont conservés les trésors communs à la
confédération. Le fils de Darius, Xerxès, reprendra dix ans plus tard la guerre.
Cette seconde guerre médique s'achèvera encore au désavantage des Perses à la
bataille navale de Salamine.